Retourner dans l’obscure vallée

Le 27 octobre dernier, j’étais allée à la rencontre de Santiago Gamboa, à La Rochelle, pour la présentation de son dernier roman Retourner dans l’obscure vallée, dont le titre est tiré d’un vers de William Blake: « L’homme devrait travailler et s’attrister, apprendre, oublier et retourner dans l’obscure vallée d’où il est venu pour reprendre sa tâche. »

C’est un joli petit pavé de 448 pages. Je l’ai terminé depuis deux semaines déjà, mais ce n’est que maintenant que je trouve le temps de faire ma chronique!

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« Il faut tout détruire pour que le monde reverdisse, peut-être avec le nouveau germe de la poésie! Les poètes sont des dieux hautains et furibonds qui prétendent recréer l’univers et exalter l’âme humaine » (p.118)

Mon résumé :

C’est exactement le genre de livre que l’on a du mal à résumer, justement ! Parce qu’il est extrêmement riche, parce qu’il y a plusieurs histoires imbriquées les unes dans les autres, parce qu’il y a plusieurs personnages indépendants… De fait, voici la 4e de couverture:

« Ils étaient venus en Europe pour échapper au chaos et pouvoir vivre et penser, mais le monde a tourné, les crises et le terrorisme ont changé les gens et les perspectives. Il y a Manuela qui fuit son enfance saccagée dans la poésie et les livres, Tertuliano, le fils du Pape, philosophe messianique, populiste et violent, créateur d’une théologie de l’harmonie des Maîtres Anciens, le prêtre Palacios à l’obscur passé paramilitaire qui aspire au pardon, le consul et Juana l’aventureuse qui se poursuivent, se désirent, liés par des sentiments indéfinis. Parmi eux, l’ombre de Rimbaud, poète précoce et génial qui marche et se cherche dans des voyages sans répit.

Ils se rencontrent, se racontent, décident d’une vengeance et d’un retour vers la Colombie où la paix s’est installée. Vagabonds insatiables, blessés, épuisés, tous cherchent à retourner quelque part, les mondes qu’ils ont quittés ont disparu, tous savent que revenir est impossible, sauf peut-être dans la littérature. Et pourquoi pas à Harar.

Roman polyphonique vital et plein d’énergie, ce retour à l’intrigue haletante et magistralement construite nous fait voyager dans les êtres, les sociétés et au plus profond de nous-mêmes. »

Ma critique :

C’est un chef-d’oeuvre.

Outre le fait que c’est écrit magnifiquement bien, la structure du roman en lui-même est magistrale.

On suit plusieurs histoires en même temps, menées par différents personnages (des personnages qu’on retrouve pour certains, comme le consul et Juana, protagonistes de Prières nocturnes), qui a priori n’ont rien à voir les uns avec les autres. Mais au fil des chapitres, on découvre des liens, des correspondances et c’est là le plus magique ! Pendant les trois-quart du livre, on se questionne, on cherche, on se dit « d’accord, mais ça nous mène où, tout ça? ». Et puis c’est la révélation, ce moment extraordinaire où on comprend, où tout se met en place… C’est prodigieux. Je voudrais savoir mener une telle intrigue avec une telle main de maître.

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« Tu ne peux pas lutter contre quelqu’un que tu aimes. » (p. 192)

Ce roman m’a véritablement nourrie. En atteste le nombre improbable de post-it, marquant des passages qui m’ont particulièrement touchés, parlés, plus… Ce livre aborde des sujets très durs, violents, qui m’ont véritablement bouleversée, voire choquée. Mais on a parfois besoin d’électrochocs. Parce que la vie n’est pas rose, ce n’est pas un long fleuve tranquille. On a beau se voiler la face, fermer les yeux, ça ne change rien au fait qu’il se passe des horreurs dans le monde.

Autre élément qui m’a particulièrement plu : il s’agit d’un véritable hommage à Arthur Rimbaud. En effet, en parallèle des histoires se déroulant à notre époque, nous suivons le poète à travers des chapitres de biographie romancée. J’ai appris énormément de chose sur lui que j’ignorais parfaitement, j’ai redécouvert son oeuvre extraordinaire et j’ai pris conscience, en lisant ces pages, que je ne lisais pas assez de poésie!

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« (…) l’histoire de la poésie et de toute la littérature est ponctuée de petits incidents, manuscrits dévorés par les flammes, perdus ou volés, ou pire: de poètes ou de jeunes romanciers qui disparurent au moment où ils avaient entrevu quelque chose de génial qui ne serait jamais plus vu (…) La littérature est aussi ce qui a existé et qui n’est plus, ou ce qui aurait pu exister et qui n’est pas encore écrit. » (p.237)

En bref : Santiago Gamboa mérite d’être lu!

Note: 18/20

 

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